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De coutume en culture

Le vendredi est un jour de la semaine considéré malchanceux, sans être aussi néfaste que le vendredi 13. Dans plusieurs cultures, diverses traditions se rattachent au vendredi. Ce jour de la semaine se distingue des autres par certaines pratiques religieuses. Pour les Chrétiens par exemple, le vendredi fut pendant des siècles une journée où il fallait faire maigre et jeûne. C'est le jour où le Christ fut trahi par Judas lors de la dernière Cène et c'est aussi un vendredi qu'il fut crucifié. Pour les Musulmans, cette journée correspond à un jour de repos. Une autre croyance répandue mentionne qu'au Moyen Âge la nuit du vendredi était choisie par les sorcières pour tenir leur sabbat. La journée du vendredi a longtemps été reconnue comme le «jour des pendus» puisqu'aux États-Unis et en Angleterre on le réservait pour l'exécution des condamnés à mort.

Plusieurs anecdotes témoignent de la crainte inspirée par cette journée. Au cours de l'histoire, des capitaines de bateaux ont refusé de prendre la mer un vendredi. Un écrit de Colbert adressé à Louis XVI mentionne ce fait et se plaignait qu'une escadre refuse de prendre la mer, précisément parce que c'était un vendredi ! Beaucoup d'hommes d'état, de grands athlètes ou des personnalités importantes ont la réputation d'être superstitieux. Une autre anecdote, bien connue dans l'histoire de France, démontre que personne n'est à l'abri des croyances ou superstitions. Napoléon Bonaparte ajourna au samedi le coup d'État de Brumaire qui devait avoir lieu un vendredi. «Il s'en expliqua en déclarant : "Je n'aime pas les esprits forts : il n'y a que les sots pour défier l'inconnu". De fait, le samedi lui fut favorable» (Canavaggio, 1993 : 236). Même le folklore du milieu de la mafia rapporte la croyance qu'il vaut mieux éviter les rencontres du vendredi car elles font tourner les plans à l'échec.

À propos de la journée du vendredi, on note diverses croyances quasi généralisées en Amérique et en Europe. Par exemple, il ne faut rien entreprendre le vendredi qu'on ne peut terminer dans la journée, d'où le proverbe qui renforce la croyance : «Qui rit vendredi, pleurera dimanche». Une autre croyance met en garde de ne rien aiguiser ou couper un vendredi, surtout pas les ongles, au risque d'une malchance ou d'une peine le dimanche suivant. Le vendredi et le dimanche ont souvent des croyances communes. Par exemple, au Canada français, un corps exposé le vendredi ou le dimanche présage trois décès dans les trois semaines qui suivent. En Bretagne, c'est l'inhumation d'un corps le vendredi qui augure le décès de trois autres personnes dans la famille. Pour éviter de s'attirer des malheurs, mieux valait ne pas se marier un vendredi (surtout pas le 13), ne rien prêter, car l'objet ne serait jamais rendu et ne rien étrenner, quoique dans ce cas, la chance accompagne aussi le geste.

Au contraire, les Grecs et les Romains dédiaient cette journée, placée sous le signe de Vénus, à l'amour et au plaisir comme les Écossais et les Allemands qui en ont fait une journée idéale pour les affaires de coeur. Le vendredi est aussi une excellente journée pour mettre fin à une entreprise et elle est déterminante pour sevrer les enfants qui, paraît-il, n'en seront que plus forts. Celui ou celle qui fait un rêve dans la nuit du vendredi n'a qu'à le raconter dès le réveil à quelqu'un de sa famille pour qu'il se réalise.

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