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Remonter aux sources

La mesure du temps a été très tôt une préoccupation chez l'humain. Dès la préhistoire, on se sert de la lumière et de l'obscurité pour situer la durée d'une journée. Il se repère ensuite avec la lune, observant ses changements de forme au cours d'une lunaison. Jusque là, sa perception du temps se limite à un mois, mais bientôt les variations climatiques et les métamorphoses de la végétation lui permettent de saisir une plus longue durée de temps. Ces intervalles, créés par la course écliptique du soleil, sont regroupés en saisons et on peut prévoir leur arrivée grâce à quelques indices de Dame nature. Un bon nombre de dictons et de croyances populaires autour du calendrier et du cycle saisonnier montrent d'ailleurs à quel point les hommes et les femmes ont été attentifs à leur environnement naturel. Toutefois, la notion d'année n’apparaît que beaucoup plus tard car l’enchaînement des saisons est une réalité difficile à saisir du fait qu'ils ne se produisent pas à une date fixe.

Le grand défi dans l'établissement d'un calendrier le plus parfait possible a été la synchronisation des éléments solaires avec les aspects lunaires. Les premiers calendriers sont lunaires. Ce cycle est déterminé par l'intervalle compris entre deux nouvelles lunes. Le mois lunaire correspond en moyenne à 29 jours, 12 heures, 44 minutes et 2,8 secondes. Chaque lunaison est définie par un tour complet de la Lune autour de la Terre. D'après ce calcul, une année lunaire commune se compose d'environ 354 ou 355 jours si on compte une moyenne de 29,5 jours par lunaison. Au contraire, une année solaire comporte 365 jours, 5 heures, 48 minutes et 46 secondes, c'est-à-dire environ 11 jours de plus qu'une année lunaire. Le cycle solaire correspond au temps requis par la Terre pour faire le tour complet du Soleil. Pour faire coïncider les deux cycles, l'un établissant la durée d'un mois et l'autre la durée des saisons, la solution est d'ajouter des jours supplémentaires au cycle lunaire soit par l'addition d'un jour par mois ou d'un mois supplémentaire de temps à autre. L'ancêtre de notre calendrier utilisait de telles méthodes d'intercalation de jours. Ces ajouts se sont faits en plusieurs étapes et selon des calculs précis. Cependant, toutes les tentatives d'uniformisation des calendriers dans le but d'obtenir un calendrier universel ont été vaines. Les calendriers musulman et juif sont demeurés lunaires tandis que les Chinois se repèrent toujours d'après les mouvements du Soleil.

Un peu d'histoire

L'établissement du calendrier dont se sert actuellement la plupart des Occidentaux, comporte cinq phases importantes dans son histoire. L'origine de notre calendrier solaire remonte aux Romains qui l'avaient hérité des Égyptiens. Le calendrier romain dit Romulus (v.~753 - v.~715) du nom du roi fondateur de Rome, divise l'année en dix mois sans accord avec les saisons. L'année commence le premier mars, du nom du dieu de la Guerre. Elle comporte quatre mois de 31 jours et six de 30 jours pour un total de 304 jours : Martius (31), Aprilis (30), Maius (31), Junius (30), Quintilis (31), Sextilis (30), Septembris (30), October (31), Novembris (30), Decembris (30). De Quintilis à Decembris, les mois sont nommés d'après leur rang dans l'année et nous conservons encore de nos jours des vestiges de ce calendrier romain. Septembre est le neuvième mois de notre année civile mais il était le septième de l'année romaine. Ce découpage de l'année en dix mois devient vite incommodant car il fait reculer chaque année le Premier de l'An de deux mois par rapport aux saisons. Lorsqu'il prend le pouvoir à son tour, le roi Numa Pompilius rétablit l'écart du calendrier solaire avec les saisons. Il ajoute deux mois à la fin de l'année (après Decembris) et ramène les mois de 30 jours à 29 et un à 28 jours. Januarius (29) et Februarius (28) s'inscrivent donc au calendrier. L'année romaine compte alors 355 jours mais le décalage avec les saisons persiste. Par rapport au Soleil, le Premier de l'An recule chaque année mais de dix jours seulement. Diverses mesures sont prises comme l'ajout d'un mois supplémentaire tous les deux ans mais à cette époque règne un véritable désordre dans le décompte des années qui conduit le plus souvent à des abus de la part des autorités romaines.

L'arrivée de Jules César (~101 - ~44) au pouvoir de l'Empire romain marque le rétablissement de l'harmonie entre la chronologie et les saisons. En l'an 708 de la fondation de Rome (l'an 45 avant Jésus-Christ), il met en place un nouveau calendrier d'où son nom de calendrier julien. Sosigène, un astrologue d'Alexandrie, conçoit pour César un nouveau système qui se base sur le calendrier solaire de son prédécesseur. Après des calculs sérieux, l'astrologue estime le nombre de jours d'une année solaire à 365, 25 jours. Comme il est difficile de couper une journée en tranches, la solution est d'arrondir à 365 jours et d'ajouter tous les quatre ans un jour supplémentaire pour rattraper les fractions de temps. En plus d'introduire une journée bissextile à la fin l'année, c'est-à-dire en février pour l'année romaine, le calendrier julien conserve la division en douze mois mais distribue les dix jours supplémentaires aux mois qui ne comportent que 29 jours. Cette réforme qui prend effet le 1er janvier de l'an 45 avant notre ère rétablit le commencement de l'année au premier janvier au lieu du premier de mars. Enfin, au cours de cette réforme, César s'attribue également le septième mois en le nommant juillet (julius). Afin de redresser le retard des années précédentes, César décrète que l'an 708 du calendrier romain comporterait 445 jours. Pour ajouter à la confusion, le calcul des jours bissextiles de Sosigène est mal compris et mal appliqué pendant un certain temps. Le bissexte est introduit tous les trois ans de l'an 45 av. J.-C. jusqu'en l'an 8 av. J.-C. C'est l'empereur Auguste (~63 - ~14) qui corrige cette erreur en supprimant les années bissextiles pendant 16 ans, c'est-à-dire jusqu'en l'an 12 après J.-C., afin de rattraper quatre jours de trop. Il s'attribue également le mois de Sextilis qui devient Augustus (août) et lui ajoute un jour qu'il retire au mois de février. Ce dernier passe de 29 jours à 28.

Malgré toutes ces réformes, le calendrier julien accuse un retard de onze minutes par année donc trois jours tous les quatre siècles. Au XVIe siècle, ce décalage est de dix jours et affecte principalement la date de Pâques qui arrive de plus en plus tôt. Le concile de Nicée en 325 établit que l'équinoxe du printemps a lieu le 20 ou 21 mars et qu'il est d'usage de fêter Pâques entre le 21 mars et le 25 avril. Or, le retard des dix jours accumulés par le calendrier julien fait tomber Pâques le 11 mars en 1582. C'est le Pape Grégoire XIII qui est alors chargé de redresser la situation en amputant tout simplement l'année de dix jours. Le lendemain du jeudi 4 octobre 1582, on est passé directement au vendredi 15 octobre. La réforme grégorien remet les pendules à l'heure mais il faut prévenir les nouveaux décalages. Pour ce faire, le Pape Grégoire XIII rajuste le calcul des années bissextiles pour accorder le mouvement du Soleil avec les saisons. C'est le calcul que l'on connaît encore aujourd'hui. Cette réforme a lieu dans tous les pays mais à des dates et à des époques différentes. La France se conforme rapidement à cette suppression de dix jours (9 décembre au 20 décembre 1582) tandis que l'Angleterre applique la réforme seulement en 1752, quelques 170 ans après le décret. La Russie et la Grèce attendent le début du XXe siècle pour adopter le calendrier grégorien. Si le calendrier grégorien n'est pas sans défauts, il a cependant le mérite de rendre uniforme l'année civile de tous les pays de la planète qui ont fini par s'y habituer malgré ses imperfections.

SCHÉMA DES RÉFORMES DU CALENDRIER

Première phase (année de 10 mois) : le calendrier romain (dit Romulus)

Martius (mars)
Aprilis (avril)
Maius (mai)
Junius (juin)
Quintilis (cinquième)
Sextilis (sixième)
Septembris (septième)
October (huitième)
Novembris (neuvième)
Decembris (dixième)

Deuxième phase (année de 12 mois) : le calendrier romain (Numa Pompilius)

Martius (mars)
Aprilis (avril
Maius (mai)
Junius (juin)
Quintilis (cinquième)
Sextilis (sixième)
Septembris (septième)
October (huitième)
Novembris (neuvième)
Decembris (dixième)
Januarius(janvier)
Februarius(février)

Troisième phase (année de 12 mois) : le calendrier julien (Jules César)

Januarius(janvier)
Februarius(février)
Martius (mars)
Aprilis (avril
Maius (mai)
Junius (juin)
Julius(juillet)
Sextilis (8e mois)
Septembris (9e mois)
October (10e mois)
Novembris (11e mois)
Decembris (12e mois)

Quatrième phase (année de 12 mois) : le calendrier julien (modifié par l'empereur Auguste)

Januarius (janvier)
Februarius (février)
Martius (mars)
Aprilis (avril)
Maius (mai)
Junius (juin)
Julius (juillet)
Augustus(août)
Septembris (9e mois)
October (10e mois)
Novembris (11e mois)
Decembris (12e mois)

Cinquième phase (année de 12 mois) : le calendrier grégorien (pape Grégoire XIII établit le calendrier actuel)

Januarius (janvier)
Februarius (février)
Martius (mars)
Aprilis (avril)
Maius (mai)
Junius (juin)
Julius (juillet)
Augustus (août)
Septembris (septembre)
October (octobre)
Novembris (novembre)
Decembris (décembre)

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